Mardi 2 juin 2009 2 02 /06 /2009 11:17

La ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie a présenté ce mercredi 27 mai en Conseil des ministres le projet de loi d'orientation et de programmation de la sécurité intérieure (Loppsi).  Mais qu’en est il de la délinquance en France?
Il semble, d’après les différentes statistiques proposées par le gouvernement et des instituts indépendants, que les atteintes aux biens baissent depuis le milieu des années 1990, la baisse des vols de voiture étant le phénomène le plus massif (lié beaucoup à la meilleure protection des véhicules). Pour les violences physiques, les statistiques de police donnent une augmentation continue, que démentent les enquêtes de victimation montrant une stabilité d’ensemble. Il s’agit en réalité de violences de plus en plus dénoncées et non de plus en plus fréquentes. Mais, ce qui augmente le plus ce sont les délinquances "d’ordre public" (stupéfiants, police des étrangers, outrages et rébellions à policiers, etc.), qui témoignent surtout de l’accentuation de la pression policière sur certaines catégories de la population ainsi que de la dégradation continue des relations entre la police et la population en général. Voilà donc les tendances nationales, mais les contextes locaux peuvent être différents. 

 La loi Loppsi accorde à la police des moyens financiers renforcés, soit 2.5 milliards d'euros d'ici à 2013. Cette somme est elle justifiable ?  Si l’on se fie aux déclarations de la ministre de l’Intérieur, dans une sorte de fourre-tout qui donne un peu le tournis (délinquance routière, cybercriminalité, manifestations sportives, crime organisé, vidéosurveillance…), ne voit on pas  surtout une extension des pouvoirs de police judiciaire et de l’équipement technique des unités spécialisées de police. Certaines semblent pleinement justifiées pour permettre aux policiers et gendarmes de mieux confondre les délinquants en s’adaptant aux évolutions technologiques. D’autres posent évidemment des questions de libertés publiques. Quant au budget, ne faut il pas se méfier des chiffres lancés en direction des médias et de l’opinion publique ? Car, dans le même temps, la tendance est à la réduction des effectifs alors que les policiers et les gendarmes n’ont jamais été autant sollicités. La question de fond, dans la vie quotidienne et pour les collectivités territoriales, est celle du désengagement de l’Etat qui s’accélère en réalité derrière des discours politiques donnant l’impression du contraire.

D’après la ministre de l’interieur nous serions face à de nouvelles formes de violence et cela justifierait ce projet de loi.
Pourtant d’après les sociologues(qui bien entendu n’ont pas été invités à se prononcer pour la mise ne œuvre de cette loi) on ne peut pas parler de changements dans les comportements fondamentaux. Cela fait juste partie du discours politique depuis près de 20 ans, comme une ritournelle. Quant aux fameuses "bandes", le problème se pose depuis des siècles… Et il est plus de l’ordre d’un temps médiatico-politique qui nous enferme dans l’immédiateté nous rendant tous amnésiques. Ce qui est clair en revanche, c’est que les techniques évoluent sans cesse dans notre société post industrielle. Téléphones portables, Internet, systèmes de protection des habitations et des voitures, etc. Par exemple le "car-jacking" n’est pas une révolution dans les comportements, c’est simplement une adaptation des voleurs de voiture à l’impossibilité de voler certains véhicules équipés d’une nouvelle génération de systèmes antivols lorsqu’ils sont en stationnement. Chaque nouvelle technologie de sécurité entraine son lot de contre attaques permettant de la neutraliser.

Pour les propositions émises par l'UMP afin de réfréner la délinquance dans le milieu éducatif en installant de portiques à l'entrée des écoles, ou la formation de brigades scolaires, nous retrouvons là encore l’acharnement que met ce gouvernement dans la croyance en un traitement technique et policier des problèmes humains et sociaux. Ne serait ce pas une grave erreur? La meilleure façon de réguler des groupes d’enfants et d’adolescents, d’y prévenir et d’y gérer les problèmes les plus fréquents, a toujours été et restera toujours l’intervention humaine par des acteurs de terrain connaissant ces groupes d’enfants et d’adolescents et sachant les gérer. C’est de davantage de surveillants et de travailleurs sociaux dont les écoles ont besoin pour faire face aux désordres juvéniles et aux carences familiales, pas de caméras de vidéosurveillance et de portiques de sécurité (qui créeraient des heures de queue à l’entrée, et sonneraient au moindre compas ou à la moindre règle métallique…). Encore moins d’une présence policière quotidienne. Cette idée est même aberrante. Elle est en réalité un terrible aveu de faiblesse et d’impuissance.

Alors  ne s’agit-il pas encore comme pendant la campagne présidentielle de 2007 d’un procédé pré  électoral? Utilisant le fond de commerce de N. Sarkozy et son équipe ; L’INSECURITE.
Bien sûr. Car comme le dit Monsieur Darcos, il y a en moyenne chaque mois une vingtaine d’incidents impliquant des armes dans les écoles en France, provoquant parfois des faits dramatiques, alors pourquoi est-ce justement en ce moment que l’on en parle autant et que les politiques réinvestissent massivement ces sujets, alors que des faits similaires se sont produits dans les mois précédents ?

La répression toujours la répression, quelle soit économique ou humaine, voilà le mot d’ordre du gouvernement actuel. Une politique soit disant libérale dans un état policier. Qu’en est-il de du dialogue social promis ?

Par Anne - Publié dans : Politique - Communauté : Pour la démission de Sarkozy
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